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Site de Serge Barcellini
20 mars 2009

Intervention au Colloque sur les combattants étrangers de la France

Organisé par la Revue « Hommes et Migrations » - Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration

Lorsque l’on évoque la place des combattants étrangers, et plus particulièrement la place des combattants coloniaux, dans notre histoire nationale, deux idées sont souvent avancées :

  • une place importante dans l’Histoire
  • une place faible dans la Mémoire

Or, cette vision est purement temporelle. Cette place a en effet fortement évoluée dans le temps. En clair, la place des combattants coloniaux dans notre histoire dépend essentiellement du type d’utilisation mémorielle mise en œuvre pour évoquer ces combattants.

C’est donc de cette utilisation mémorielle dont  je vais parler. Quelle utilisation mémorielle des combattants coloniaux dans la mémoire nationale ? Et plus largement, que reflète idéologiquement cette utilisation mémorielle ?

Mais d’abord, entendons nous sur les termes : qu’est ce que la politique de mémoire ? C’est l’utilisation à un moment donné (le Temps présent) d’un évènement historique (dans notre cas les combattants coloniaux) par ceux qui ont le pouvoir d’utiliser la mémoire de cet évènement (c'est-à-dire le gouvernement et son prolongement ceux qui sont au pouvoir).

Cette définition souligne, si cela était nécessaire, que les politiques de mémoire ne sont pas fixes. Elles évoluent en fonction du Temps (le fameux Temps présent) en fonction de ceux qui sont au pouvoir et en fonction de la connaissance que nous avons de l’évènement.

Venons-en à notre sujet. Quelle est la place des combattants coloniaux dans la mémoire nationale ? Quelle est son évolution ? Et quelle vision idéologique traduit-elle ?

Cette place peut s’analyser à travers une chronologie à 4 temps.

I.    Le temps de l’intégration (1920 > 1950/60)

La mémoire est un outil pour réussir l’intégration coloniale.

      a)    L’intégration combattante

  • L’ouverture des droits pension/retraite/pupilles
  • L’intégration régimentaire (les stèles)

      b)    L’intégration « cultuelle »

  • L’insertion de la stèle musulmane dès 1914
  • La question du choix de la stèle

      c)    L’intégration ethnique

  • Le monument de Reims aux troupes noires

      d)    Les limites

  • Les 2 modèles ethniques (les monuments blancs en France, les monuments noirs en Afrique)
  • Les frictions cultuelles (les stèles musulmanes et chrétiennes en concurrence)
  • Les limites régimentaires (la faiblesse des stèles des régiments coloniaux)

II.    Le temps des Illusions (1950/60 > 1970/80)

Alors que l’empire colonial se délite, la mémoire sert d’abord l’outil pour freiner le délitement et ensuite l’outil pour oublier l’empire

     a)    Freiner le délitement de l’empire

  • En oubliant la période 40/44 (oubli des massacres de 40 ; oubli de la destruction du monument de Reims)
  • En glorifiant les héros (glorification au Mont Valérien, glorification des titulaires de Croix de la Libération, glorification de Félix Eboué)

     b)    Oublier l’empire

  • Les monuments et les cérémonies dernières traces de l’empire entre 1960 et 1965

III.    Le Temps des déchirures (1970/80 > 2000/2010)

La mémoire est d’abord l’outil de la séparation, elle est aussi en retour le lieu de localisation de la mauvaise conscience « coloniale ».

     a)    Outil de la séparation

  • La séparation des morts (ex. : le regroupement des tombes au Maroc qui sépare les tombes chrétiennes des tombes musulmanes)
  • La séparation des monuments (ex. : le rapatriement des monuments aux Morts d’Algérie)
  • La séparation des vivants (la cristallisation des pensions)

     b)    Victime de la mauvaise conscience coloniale

  • La dénonciation des massacres commis par les allemands en 1940
  • La dénonciation des massacres commis par les français (Thiroye, Madagascar, Sétif)
  • La dénonciation de la cristallisation, (le rôle des films : la Dette, Indigènes)

IV.    Le Temps de la reconstruction (à partir de 2000)

La reconstruction mémorielle est en marche. Elle s’articule autour de trois actions

     a)    La reconstruction des outils mémoriels

  • L’élaboration d’une ville-mémoire Fréjus (avec monuments, stèles, nécropoles)
  • La kouba de Verdun pour la mémoire des combattants musulmans (2006)
  • La réorientation des cérémonies de Provence du 15 août 1944 au profit de la mémoire des autorités africaines
  • La reconstruction du monument de Reims

     b)    L’approfondissement de l’Histoire, le débat autour des grands dossiers

  • Thiroye, Sétif, Madagascar
  • La colonisation

     c)    L’appropriation de la mémoire des tirailleurs en France et en Afrique

  • En Afrique (ex. : le Sénégal)
  • En France

Les numéros de la revue « Homme et Migration » consacrés aux combattants étrangers de la France s’inscrivent pleinement dans ce temps de la reconstruction. Un temps qui doit favoriser l’écriture d’une histoire partagée entre les états africains, ou indochinois, désormais indépendants et la France.

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